par vincent_ le 17/02/10, 12:56
Avec $10 l'abonnement mensuel, on les paie comment, les journalistes ? Avec de la monnaie de singe ?
Je n'ai rien contre l'information numérique, elle a permit l'apparition de sites d'information comme Bakchich, mais c'est aussi la pire chose qui est arrivée à la presse, en la paupérisant. Regardez l'édition numérique du monde (lemonde.fr) : c'est un torchon (malgré tout le respect que je dois aux journalistes, désolé), les seules articles qui valent la peine d'y être lus sont ceux de l'édition papier, qui y sont (ou étaient, je n'y vois plus la mention dernièrement) publiés.
Si l'on veut une presse de qualité, avec un tri de l'information (par importance, pas pour faire plaisir au lectorat afin de vendre plus), des spécialistes (et non des scribouilleurs qui n'y comprennent rien, cf les reportages sur les produits d'Apple à la TV, sur lesquels vous hurlez si souvent, à juste titre, d'ailleurs), cela nécessite des moyens (envoyés spéciaux, antennes à l'étranger, matériel technique, etc.), de l'embauche (les journalistes compétents, économistes, sociologues, scientifiques, philosophes (oui, ils sont utiles, quand ils ne se prennent pas pour des rock stars), etc.) pour écrire des articles pertinents, et les meilleurs coûtent très cher, à juste titre.
Le journalisme n'est pas soluble dans la loi du marché (mais il est, pour les citoyens, autrement plus important qu'un nouveau réfrigérateur). C'est bien de vouloir donner l'accès à la presse au plus grand nombre, mais sans transformer les grands journaux en presse de caniveau, sinon ça n'a aucun intérêt.
Enfin, l'indépendance financière d'un journal repose sur ses abonnés, uniquement ses abonnés, qui peuvent faire de leur journal un grand journal s'ils sont en mesure de comprendre qu'il faut laisser aux journalistes la liberté nécessaire pour faire quelque-chose de pertinent (sans adhérer, donc, à la logique du patron/employé : je te fournis l'argent, tu m'appartiens, tu m'obéis, tu écris ça).
La publicité, l'argent publique, les "sponsors" et la mainmise des corporations et entreprises sur l'information sont la mort du journalisme : on ne peut pas faire confiance à des intérêts particuliers, qui, du jour au lendemain sont capable d'attraper un journal à la gorge pour lui faire faire leur bon-vouloir (et ils sont nombreux : Libé, Le Figaro, pour ne citer que ceux-ci).
Personnellement, je ne lis plus que le NYT-IHT avec (une assez relative, mais passons) confiance. Il y a 30-40 ans, on pouvait lire le Canard, Libé, Le Monde (la bible), Le Figaro, ... en toute confiance. La liberté de la presse, une presse de qualité, c'est aussi (parmi d'autres raisons), ce pourquoi des gens se sont battus en 1789, c'est aussi un élément fondamental d'une démocratie, ça vaut bien plus que 20, ou 30 dollars.